La Théologie laïque

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"La Théologie laïque", une des oeuvres essentielles de John Cobb,a été traduite en français et vous pouvez la consulter ICI

Pourquoi nous adopterons tous la théologie laïque ...( Explication ) - ( Réflexion )

Les prédicateurs laïques (prédication prononcée à Verviers (Hodimont) en mai 2007

Aux problèmes géo-écologiques que notre planète connaît actuellement, le Process apporte une explication et une réponse:

L'Incarnation et la Resacralisation de la Nature

par Ronald L.FARMER

Dans un quotidien de ce 9 nomembre 2004, un grand titre, sans impact "accrocheur", nous "appelle à prendre la planète en main" !
Combien de fois n'a-t-il pas été fait, soumis, émis, lancé, justifié, crié, invoqué, provoqué, interjeté, sonné, battu, cet appel…
…en vain !


Les environnementalistes rejettent en partie la responsabilité de la crise écologique sur les religions 'Abrahamiques', …spécialement sur le christianisme. Non sans bonnes raisons.
En effet, le christianisme a dominé le monde occidental responsable des calamités courantes. Il est aussi, au moins dans son expression triomphante, la religion la plus anthropocentrique.

L'expression dominante du christianisme peut être identifiée à l' athéisme classique. Selon cette conception de la réalité , Dieu créa toutes choses hors de rien. Il y a donc un vide ontologique entre le Créateur et la création. Dieu est le Tout Autre. De plus, les "athéismes" classiques affirment qu'une fois créé, le monde fonctionne selon les lois naturelles fixées par Dieu. Dieu intervient rarement dans le process naturel. Quand Dieu s'implique activement dans les affaires du monde, on dit qu'un miracle s'est produit. Il s'ensuit qu'en plus du vide ontologique entre le Créateur et la création, il y a aussi un vide que Dieu comble rarement en ce qui concerne l'activité divine ou l'intercession. En effet, Dieu est enlevé, rendu absent, du monde par le théisme classique : la nature est désacralisée.

Une autre doctrine du théisme classique proclame que les hommes sont uniques dans l'ordre naturel et qu'ils sont les seules créatures à avoir été façonnées à "l'image de Dieu".
Encore un vide ! et, cette fois, entre les humains et le reste de la création. Ce vide important est dû au fait que les chrétiens ont adopté une vue anthropocentrique de l'ordre naturel. Le reste de la création n'existe que pour leur bénéfice (et, par voie de conséquence, pour Dieu).
La nature ne possèderait donc qu'une valeur instrumentale, c'est-à-dire qu'elle n'a de valeur que si elle contribue à l'aventure humaine ou divine. La nature n'a donc en soi, aucune valeur. Que du contraire, seuls Dieu et les hommes possèdent une valeur intrinsèque (tout comme une valeur subsidiaire).

Les tentatives pour attribuer une valeur intrinsèque même à l'animal le plus évolué comme le chimpanzé bonobo et les dauphins, sont considérées comme étant naïvement anthropomorphiques ou anthropopathétiques. Étant donné le fait que prédomine cette compréhension de la relation entre les humains et la nature parmi le grand nombre dans les pays occidentaux, même parmi les agnostiques et les athées, la dégradation de la nature s'ensuit quasi logiquement.
CONCLUSION : Le monde de la nature est considéré comme une pure ressource pour l'exploitation économique et la consommation humaine.

Pour être juste, je devrais mentionner que de nombreux athées classiques sont outrés par la façon dont l'environnement a été maltraité :
La crise écologique, affirment-ils, est une manifestation flagrante du caractère "honteux" de l'homme.. Le monde, ainsi que tout ce qui s'y trouve, appartient à Dieu (Ps. 24:1). Dieu a donné à l'humanité la responsabilité d'exercer l'intendance sur la Terre de Dieu (Gen. 1:26-31). Définie comme le soin et l'usage d'une chose confiée à un intendant par un maître, l'intendance ne devrait pousser personne à traiter la nature comme une simple ressource à usage humain. Ceci est indubitablement vrai. Mais il faudra beaucoup de temps pour percevoir le "monde naturel" au travers du prisme de l'intendance pour résoudre la crise écologique à laquelle nous devons faire face !
J'aurais donc pu choisir le récit de la création (dans la Genèse) comme centre d'un article biblique basé sur l'exposé d'une réponse chrétienne à la crise écologique !
Cependant, puisque les deux doctrines du théisme classique soulignées ci-dessus - (qui résultent en la désacralisation de la nature et en l'adoption d'un point de vue anthropocentrique) - posent les fondements de l'exploitation de la nature, (sans doute involontairement et/ou inconsciemment ), je crois qu'il est impératif d'agir au-delà d'un simple appel à l'intendance et à critiquer intelligemment ces deux préceptes.

Dans un Creative Transformation précédent Ronald Farmer a écrit un article sur des passages de Job 38: 25-27 (le souverain de la tempête) qui posent un défi dramatique à l'anthropocentrisme.
Rejeter le point de vue du théisme classique anthropocentrique
et reconnaître notre responsabilité pour la gérance de la nature
transformeraient certainement l'attitude de l' Occident dans sa volonté de domination de la nature.

Malgré tout, et aussi longtemps qu'elle sera désacralisée comme dans le théisme classique,
la nature ne recevra jamais le respect révérencieux qu'elle reçoit dans la plupart des traditions religieuses ouvertes à l'écologie comme Wicca et Native American Spirituality.

Existe-t-il des passages bibliques qui encouragent la resacralisation de la nature ?

Peut-on affirmer sincèrement la simultanéité de la transcendance ET de l'immanence ?
Je prétends qu'un enseignement biblique se trouvant au cœur même du christianisme l'affirme,

voire au cœur même de la doctrine de l'incarnation.

Il faut reconnaître qu'à bien des égards, la doctrine de l'incarnation a, au mieux, créé un embarras intellectuel et au pire un cauchemar théologique. Les juifs et les musulmans accusent fréquemment les chrétiens de polythéisme et, étant donnée la façon dont de nombreux chrétiens ont compris l'incarnation de la personne de Jésus de Nazareth, leurs accusations sont correctes !
En effet, les efforts des premiers conciles des Églises étaient plutôt centrés sur ce que l'incarnation n'est pas.
Parmi les "hérésies" dénoncées se trouvaient des formulations doctrinales qui déniaient l'unité et l'entité de Dieu (de la même façon, ils rejetaient toutes les explications qui, n'importe comment, niaient la pleine humanité de Jésus. En s'opposant à la Troisième personne de la doctrine naissante de la Trinité, l'Esprit Saint, ils rejetaient aussi toute notion divine de panthéisme).

Les conciles ont nettement déclaré ce que l'incarnation n'est pas; mais quand il fallut exprimer ce qu'elle est, les conciles étaient moins clairs pour le dire 'gentiment'. A mon avis, la raison principale de leur ambiguïté était qu'ils étaient gênés par une structure métaphysique inadéquate. Le système métaphysique basé sur la substance qui a dominé pendant des millénaires en Occident a, le siècle dernier, donné naissance à une nouvelle compréhension de la réalité, caractérisée par l' "event-thinking".
Scruter la construction des blocs "de réalités" en termes d'événements plutôt qu'en termes de substances, procure aux penseurs "post-modernes" une nouvelle possibilité de comprendre la notion de l'incarnation.

Les problèmes affrontés par les premiers théologiens pourraient être résumés dans les questions suivantes. Comment deux substances peuvent occuper la même place au même moment ? Cela ne requérrait-il pas le déplacement d'au moins une portion des deux substances? Comment, alors, un chrétien pourrait-il expliquer rationnellement l'affirmation fondatrice que Jésus est à la fois pleinement humain et pleinement divin ?
Or les théologiens du Process ne sont pas contraintes par les limitations imposées par le substantialisme.
Comprendre la réalité en termes de réseau inter-relationnel d'événements momentanés d'énergie dont chacun est présent dans tous les événements subséquents, ouvre une nouvelle compréhension de l'incarnation: en effet, la réalité est perçue comme presque totalement relationnelle, complètement personnifiée ! Cette nouvelle compréhension de la réalité a un corollaire théologique important: Dieu est aussi présent dans chaque événement, absorbant amoureusement chaque entité pour son bien le plus élevé dans son process continuel de développement.

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Si Dieu, donc, est présent dans chaque événement, alors la doctrine chrétienne de l'incarnation divine de Jésus de Nazareth ne pose aucun problème, c'est rationnel et cohérent.

En fait, la tâche soumise aux théologiens du process n'est pas d'expliquer comment le divin et l'humain peuvent se combiner en Jésus de Nazareth mais plutôt

d'expliquer comment et jusqu'où Jésus est une manifestation unique de "Dieu avec nous".

Dans la perspective du " process ", cette spécificité unique n'est pas constatée métaphysiquement. Étant donnée sa spécificité unique en termes métaphysiques, c'est le problème imposé par les contraintes de 'penser selon les critères de la substance' qui ont tarabusté le Christianisme depuis les premiers jours de la réflexion théologique sur ce que signifiait 'Jésus'. Pour les théologiens du Process, les dynamiques métaphysiques de l'incarnation de Jésus ne différaient pas de celles de l'incarnation de toutes les entités.

L'unicité de Jésus est relative au contenu de l'attraction divine (une révélation de la nature de Dieu ainsi que de la qualité de la réponse à cette attirance).

Le texte classique sur l' incarnation est le Prologue de l'Évangile de Jean I (1-18).

Le v o i c i :

1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement tourné vers Dieu.
3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.
4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,

5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.
6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean.
7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.
8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.
9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.
10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.
11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli.

12 Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir de l'Homme, mais de Dieu.
14 Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.
15 Jean lui rend témoignage et proclame: "Voici celui dont j'ai dit: après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était."
16 De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.
17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18 Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

En choisissant de décrire Jésus de Nazareth comme la Parole faite chair, l'Évangéliste a profité de son triple et riche héritage : grec et latin !
Le mot grec logos traduit par " parole " a deux significations de base : " pensée, raison " et " mot ", une expression extérieure d'une pensée intérieure.

La pensée stoïcienne de l'antiquité identifiait le logos de Socrate avec celui d'Héraclite. Pour Socrate, c'est le principe rationnel des hommes, la pensée ou l'âme. Pour Héraclite la raison ou la pensée qui se répand dans l'Univers produisant ordre et stabilité rationnels.
Parce que l'âme humaine individuelle a été conçue pour et comme une étincelle du logos universel , la plus haute qualité était évidente : les hommes devraient vivre en harmonie avec le logos répandu dans l'Univers, c'est-à-dire qu'ils devraient vivre une vie complètement intégrée, en harmonie, avec le monde plus grand qui les entoure.

Dans la Septante, la traduction grecque de la Bible Hébraïque, logos est la traduction de DABAR, mot hébreu signifiant "parler /communiquer": c'est une expression commune pour la communication entre Dieu et l'humanité. C'est aussi son auto-révélation, spécialement par les prophètes…et bien plus encore !

Maintenant, la Parole de Dieu est plus qu'un discours, c'est Dieu en action,
En train de créer (Gen I ; Ps 33 :8)
En train de révéler (Amos 3 : 7 - 7-8)
En train de racheter (Ps.107 : 19-20)

Le Targum (paraphrases Araméennes de la Bible hébraïque) de la période du dernier Temple, prolonge cette tradition en substituant fréquemment l'expression " le mot, le verbe " au nom personnel de Dieu.
Une autre tradition juive, parallèle au prologue johannique, est la personnification de la Sagesse qui, comme agent de Dieu dans la création, habite parmi le peuple de Dieu, réfléchissant la gloire de Dieu et apportant la lumière et la vie au peuple (Proverbes 1 : 20-23,8-9 ; Sir 24 ; Wis.of Sal 7 :22 - 11 :1)
Et au premier siècle, Philon d'Alexandrie soutena la notion de personnification à l'extrême. Comme dans ses écrits, le logos est présenté comme la première émanation de Dieu, parente de la notion platonique du monde des Idées.

Le prologue Johannique ébauche, d'après cet héritage, une esquisse double de l'éternel logos (v.1) incarné en Jésus de Nazareth (v.14)
comme l'agent de la création (vv : 3-4, 9-10)
de la révélation (vv 9-14)
et de la rédemption (vv.9,12,14).

Malheureusement , la plus grande partie de la signification théologique et éthique de ces affirmations puissantes a été capturée par le nœud gordien créé lorsque l'église primitive a essayé d'expliquer l'incarnation à l'intérieur d'une structure métaphysique basée sur la substance.
Pour les théologiens enracinés dans la pensée substantielle, il n'y avait simplement pas moyen de donner une explication rationnelle aux deux natures de Jésus de Nazareth affirmées par les Credo de l'Eglise.
Une compréhension générale de l' incarnation par le Process, et en particulier de l'incarnation en Jésus, évoque des possibilités nouvelles pour la réflexion théologique et éthique en vue du dialogue interreligieux et de la recherche historique sur Jésus.
Cependant, le but de cet essai - une réponse chrétienne à la crise écologique - est de localiser la réflexion théologique et éthique sur le Prologue de Jean :

L'incarnation du logos n'est pas limitée à Jésus de Nazareth. Tout au contraire, le logos continue à venir dans le monde (vv3,9-10) et est ainsi incarné en toutes les choses. (logos spermatikos)
En effet, la vie et la lumière sont dans le logos (v4) ; sans le logos, il n'y aurait aucun éclaircissement, aucune vie, aucune existence.
Il est malheureusement possible d'ignorer cette incarnation omniprésente du divin (v.10).
En effet, cela peut très bien être l'omniprésence de Dieu qui rend DIEU caché à la vue. Pour cette raison, à des moments spécialement appropriés, le logos " est fait chair " (v 14) dans des individus spécifiques et de façon unique dans le but d'attirer l'attention sur la présence et la nature de Dieu.

La conviction que Dieu est incarné à travers la nature peut être chrétienne distinctement, mais pas uniquement.
De nouveaux méandres sont produits dans la forme d'animisme 'distinctement chrétienne' parce qu'elle évite et le polythéisme et le panthéisme qui tendent à s'associer à la plupart des expressions de l'animisme.
Selon la doctrine chrétienne du Process, Dieu à la fois est transcendant et immanent à la nature et vice-versa.
Tout comme l'incarnation n'oblitère pas l'humanité de Jésus, elle aussi, à travers la nature, n'oblitère pas les entités individuelles comprises dans l'ordre naturel.

Cependant - et ici se trouve le point crucial de cet essai - la présence de Dieu à travers la nature, la resacralise. Toute existence est rendue sainte.
Il n'y a pas de royaume séculier, pas de temps ni de places ni de choses en dehors de la présence de Dieu.

Les hommes peuvent être uniques en étant créés "à l'image de Dieu" mais la doctrine "inspirée par le Process" entraîne avec elle un corollaire inéluctable qui relève de la crise environnementaliste que nous devons affronter aujourd'hui.
La valeur d'une entité, quelque insignifiante qu'elle puisse paraître, n'est pas éteinte dans sa valeur matérielle : chaque entité est valorisée en soi et pour soi, elle est sacrée. Comme je l'ai noté dans un précédent article, nous devons être saisis par l'évidence que la présence de Dieu envahit toute la création…que le souci d'amour de Dieu s'étend même jusqu'à ce qui est sauvage et lointain sur la terre, tout comme les forêts tropicales fumantes, les déserts arides, les calottes polaires frigides, les régions que nous considérons, à tort, comme sans intérêt ou oubliées par Dieu.

Dieu est aimant, présent et actif, même là où il n'y a personne…!
Si cette vision nous saisit, voici, en deux niveaux, ce qu'il faut faire :
1) d'abord laisser capturer notre raison: intellectuellement nous devons abandonner notre égocentrisme arrogant et nous ouvrir au fait que nous ne sommes qu' une toute petite partie d'un vaste réseau intriqué dans la nature. De plus, nous devons rétablir l'équilibre entre transcendance et immanence de Dieu. Chaque parcelle de la terre est sol sacré, même là où ne vit personne.
2) Mais il n'est pas suffisant de se rallier à cette nouvelle vision des choses seulement par intelligence. Nous devons aussi développer une participation mystique au réseau de la vie. Ainsi qu'une prise de conscience personnelle de la présence de Dieu dans tout ce qui nous concerne. Nous devons personnellement expérimenter ce qu'Elizabeth Browning ressentit quand elle écrivit :

La terre est toute gorgée de ciel
Et le moindre arbuste est dévoré du feu de Dieu,
Mais seul celui qui voit retire ses chaussures.
Les autres s'en soucient comme d'une guigne et bâillent aux corneilles

La pleine puissance de cette nouvelle vision ne sera seulement ressentie que lorsque le rationnel sera combiné avec le mystique. Les gens qui ont la foi ne pourront rendre meilleur service au monde que par la contagion des autres de cette vision transformatrice.

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