Les environnementalistes rejettent en partie la responsabilité
de la crise écologique sur les religions 'Abrahamiques',
spécialement
sur le christianisme. Non sans bonnes raisons.
En effet, le christianisme a dominé le monde occidental responsable
des calamités courantes. Il est aussi, au moins dans son expression
triomphante, la religion la plus anthropocentrique.
L'expression
dominante du christianisme peut être identifiée à
l' athéisme classique. Selon cette
conception de la réalité , Dieu
créa toutes choses hors de rien. Il y a donc un vide
ontologique entre le Créateur et la création. Dieu est
le Tout Autre. De plus, les "athéismes" classiques
affirment qu'une fois créé, le monde fonctionne selon
les lois naturelles fixées par Dieu. Dieu intervient rarement
dans le process naturel. Quand Dieu s'implique activement dans les
affaires du monde, on dit qu'un miracle s'est produit. Il s'ensuit
qu'en plus du vide ontologique entre le Créateur et la création,
il y a aussi un vide que Dieu comble rarement en ce qui concerne l'activité
divine ou l'intercession. En effet, Dieu est enlevé, rendu
absent, du monde par le théisme classique : la nature est désacralisée.
Une
autre doctrine du théisme classique proclame
que les hommes sont uniques dans l'ordre naturel et qu'ils
sont les seules créatures à avoir été
façonnées à "l'image de Dieu".
Encore un vide ! et, cette fois, entre les humains et le reste de
la création. Ce vide important est dû au fait que les
chrétiens ont adopté une vue anthropocentrique de l'ordre
naturel. Le reste de la création n'existe que pour leur bénéfice
(et, par voie de conséquence, pour Dieu).
La nature ne possèderait donc qu'une
valeur instrumentale, c'est-à-dire qu'elle n'a de
valeur que si elle contribue à l'aventure humaine ou divine.
La nature n'a donc en soi, aucune valeur. Que du contraire, seuls
Dieu et les hommes possèdent une valeur intrinsèque
(tout comme une valeur subsidiaire).
Les tentatives pour attribuer une valeur intrinsèque même
à l'animal le plus évolué comme le chimpanzé
bonobo et les dauphins, sont considérées comme étant
naïvement anthropomorphiques ou anthropopathétiques. Étant
donné le fait que prédomine cette compréhension
de la relation entre les humains et la nature parmi le grand nombre
dans les pays occidentaux, même parmi les agnostiques et les
athées, la dégradation de la nature s'ensuit quasi logiquement.
CONCLUSION : Le monde de la nature est
considéré comme une pure ressource pour l'exploitation
économique et la consommation humaine.
Pour
être juste, je devrais mentionner que de nombreux athées
classiques sont outrés par la façon dont l'environnement
a été maltraité :
La crise écologique, affirment-ils, est une manifestation flagrante
du caractère "honteux" de l'homme.. Le monde, ainsi
que tout ce qui s'y trouve, appartient à Dieu (Ps. 24:1). Dieu
a donné à l'humanité la responsabilité
d'exercer l'intendance sur la Terre de Dieu (Gen. 1:26-31). Définie
comme le soin et l'usage d'une chose confiée à un intendant
par un maître, l'intendance ne devrait pousser personne à
traiter la nature comme une simple ressource à usage humain.
Ceci est indubitablement vrai. Mais il faudra beaucoup de temps pour
percevoir le "monde naturel" au travers du prisme de l'intendance
pour résoudre la crise écologique à laquelle
nous devons faire face !
J'aurais donc pu choisir le récit de la création (dans
la Genèse) comme centre d'un article biblique basé sur
l'exposé d'une réponse chrétienne à la
crise écologique !
Cependant, puisque les deux doctrines du théisme
classique soulignées ci-dessus - (qui résultent
en la désacralisation de la nature et en l'adoption d'un point
de vue anthropocentrique) - posent les fondements
de l'exploitation de la nature, (sans doute involontairement
et/ou inconsciemment ), je crois qu'il est impératif d'agir
au-delà d'un simple appel à l'intendance et à
critiquer intelligemment ces deux préceptes.
Dans
un Creative Transformation précédent Ronald Farmer a
écrit un article sur des passages de Job
38: 25-27 (le souverain de la tempête) qui posent un
défi dramatique à l'anthropocentrisme.
Rejeter le point de vue du théisme classique
anthropocentrique
et reconnaître notre responsabilité pour la gérance
de la nature
transformeraient certainement l'attitude de l' Occident dans sa volonté
de domination de la nature.
Malgré tout, et aussi longtemps qu'elle sera désacralisée
comme dans le théisme classique,
la nature ne recevra jamais le respect révérencieux
qu'elle reçoit dans la plupart des traditions religieuses ouvertes
à l'écologie comme Wicca et Native American Spirituality.
Existe-t-il
des passages bibliques qui encouragent la resacralisation de la nature
?
Peut-on
affirmer sincèrement la simultanéité de la transcendance
ET de l'immanence ?
Je prétends qu'un enseignement biblique se trouvant au cur
même du christianisme l'affirme,
voire au cur même de la doctrine
de l'incarnation.
Il faut
reconnaître qu'à bien des égards, la doctrine
de l'incarnation a, au mieux, créé
un embarras intellectuel et au pire un cauchemar théologique.
Les juifs et les musulmans accusent fréquemment les chrétiens
de polythéisme et, étant donnée la façon
dont de nombreux chrétiens ont compris l'incarnation de la
personne de Jésus de Nazareth, leurs accusations sont correctes
!
En effet, les efforts des premiers conciles des Églises étaient
plutôt centrés sur ce que l'incarnation n'est pas.
Parmi les "hérésies" dénoncées
se trouvaient des formulations doctrinales qui déniaient l'unité
et l'entité de Dieu (de la même façon, ils rejetaient
toutes les explications qui, n'importe comment, niaient la pleine
humanité de Jésus. En s'opposant à la Troisième
personne de la doctrine naissante de la Trinité, l'Esprit Saint,
ils rejetaient aussi toute notion divine de panthéisme).
Les
conciles ont nettement déclaré
ce que l'incarnation n'est pas; mais quand il fallut exprimer
ce qu'elle est, les conciles étaient moins clairs pour
le dire 'gentiment'. A mon avis, la raison principale de leur ambiguïté
était qu'ils étaient gênés par une structure
métaphysique inadéquate. Le système métaphysique
basé sur la substance qui a dominé pendant des millénaires
en Occident a, le siècle dernier, donné naissance à
une nouvelle compréhension de la réalité, caractérisée
par l' "event-thinking".
Scruter la construction des blocs "de
réalités" en termes d'événements
plutôt qu'en termes de substances, procure aux penseurs "post-modernes"
une nouvelle possibilité de comprendre la notion de l'incarnation.
Les
problèmes affrontés par les premiers théologiens
pourraient être résumés dans les questions suivantes.
Comment deux substances peuvent occuper la même place au même
moment ? Cela ne requérrait-il pas le déplacement d'au
moins une portion des deux substances? Comment, alors, un chrétien
pourrait-il expliquer rationnellement l'affirmation fondatrice
que Jésus est à la fois pleinement humain et pleinement
divin ?
Or les théologiens du Process ne sont
pas contraintes par les limitations imposées par le substantialisme.
Comprendre la réalité en termes de réseau inter-relationnel
d'événements momentanés d'énergie dont
chacun est présent dans tous les événements subséquents,
ouvre une nouvelle compréhension de l'incarnation: en
effet, la réalité est perçue comme presque totalement
relationnelle, complètement personnifiée ! Cette nouvelle
compréhension de la réalité a un corollaire théologique
important: Dieu est aussi présent dans chaque événement,
absorbant amoureusement chaque entité pour son bien le plus
élevé dans son process continuel de développement.

Si
Dieu, donc, est présent dans chaque événement,
alors la doctrine chrétienne de l'incarnation divine
de Jésus de Nazareth ne pose aucun problème, c'est rationnel
et cohérent.
En fait,
la tâche soumise aux théologiens du process n'est pas
d'expliquer comment le divin et l'humain peuvent se combiner en Jésus
de Nazareth mais plutôt
d'expliquer
comment et jusqu'où Jésus est une manifestation unique
de "Dieu avec nous".
Dans
la perspective du " process ", cette spécificité
unique n'est pas constatée métaphysiquement. Étant
donnée sa spécificité unique en termes métaphysiques,
c'est le problème imposé par les contraintes de 'penser
selon les critères de la substance' qui ont tarabusté
le Christianisme depuis les premiers jours de la réflexion
théologique sur ce que signifiait 'Jésus'. Pour les
théologiens du Process, les dynamiques métaphysiques
de l'incarnation de Jésus ne différaient pas de celles
de l'incarnation de toutes les entités.
L'unicité
de Jésus est relative au contenu de l'attraction divine (une
révélation de la nature de Dieu ainsi que de la qualité
de la réponse à cette attirance).
Le texte
classique sur l' incarnation est le Prologue de l'Évangile
de Jean I (1-18).
Le v
o i c i :
1
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné
vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement tourné vers Dieu.
3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.
4 En lui était la vie et la vie était la lumière
des hommes,
5 et la lumière brille dans les ténèbres, et
les ténèbres ne l'ont point comprise.
6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean.
7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à
la lumière, afin que tous croient par lui.
8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage
à la lumière.
9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant
dans le monde, illumine tout homme.
10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde
ne l'a pas reconnu.
11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli.
12 Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui
croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants
de Dieu.
13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir
de chair, ni d'un vouloir de l'Homme, mais de Dieu.
14 Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous
et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de
grâce et de vérité, il tient du Père.
15 Jean lui rend témoignage et proclame: "Voici celui
dont j'ai dit: après moi vient un homme qui m'a devancé,
parce que, avant moi, il était."
16 De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu,
et grâce sur grâce.
17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la
vérité sont venues par Jésus Christ.
18 Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le
sein du Père, nous l'a dévoilé.
En choisissant
de décrire Jésus de Nazareth comme la Parole faite chair,
l'Évangéliste a profité de son triple et riche
héritage : grec et latin !
Le mot grec logos traduit par " parole " a deux significations
de base : " pensée, raison " et " mot
", une expression extérieure d'une pensée intérieure.
La pensée
stoïcienne de l'antiquité identifiait le logos de Socrate
avec celui d'Héraclite. Pour Socrate, c'est le principe rationnel
des hommes, la pensée ou l'âme. Pour Héraclite
la raison ou la pensée qui se répand dans l'Univers
produisant ordre et stabilité rationnels.
Parce que l'âme humaine individuelle a été conçue
pour et comme une étincelle du logos universel , la plus haute
qualité était évidente : les hommes devraient
vivre en harmonie avec le logos répandu dans l'Univers, c'est-à-dire
qu'ils devraient vivre une vie complètement intégrée,
en harmonie, avec le monde plus grand qui les entoure.
Dans
la Septante, la traduction grecque de la Bible Hébraïque,
logos est la traduction de DABAR, mot hébreu
signifiant "parler /communiquer": c'est une expression commune
pour la communication entre Dieu et l'humanité. C'est aussi
son auto-révélation, spécialement par les prophètes
et
bien plus encore !
Maintenant,
la Parole de Dieu est plus qu'un discours, c'est Dieu en action,
En train de créer (Gen I ; Ps 33 :8)
En train de révéler (Amos 3 :
7 - 7-8)
En train de racheter (Ps.107 : 19-20)
Le
Targum (paraphrases Araméennes de la Bible hébraïque)
de la période du dernier Temple, prolonge cette tradition en
substituant fréquemment l'expression " le mot, le verbe
" au nom personnel de Dieu.
Une autre tradition juive, parallèle au prologue johannique,
est la personnification de la Sagesse qui, comme agent de Dieu dans
la création, habite parmi le peuple de Dieu, réfléchissant
la gloire de Dieu et apportant la lumière et la vie au peuple
(Proverbes 1 : 20-23,8-9 ; Sir 24 ; Wis.of Sal 7 :22 - 11 :1)
Et au premier siècle, Philon d'Alexandrie soutena la notion
de personnification à l'extrême. Comme dans ses écrits,
le logos est présenté comme la première émanation
de Dieu, parente de la notion platonique du monde des Idées.
Le
prologue Johannique ébauche, d'après cet héritage,
une esquisse double de l'éternel logos (v.1) incarné
en Jésus de Nazareth (v.14)
comme l'agent de la création (vv : 3-4, 9-10)
de la révélation (vv 9-14)
et de la rédemption (vv.9,12,14).
Malheureusement
, la plus grande partie de la signification théologique et
éthique de ces affirmations puissantes a été
capturée par le nud gordien créé lorsque
l'église primitive a essayé d'expliquer l'incarnation
à l'intérieur d'une structure métaphysique basée
sur la substance.
Pour les théologiens enracinés dans la pensée
substantielle, il n'y avait simplement pas moyen de donner une explication
rationnelle aux deux natures de Jésus de Nazareth affirmées
par les Credo de l'Eglise.
Une compréhension générale de l' incarnation
par le Process, et en particulier de l'incarnation en Jésus,
évoque des possibilités nouvelles pour la réflexion
théologique et éthique en vue du dialogue interreligieux
et de la recherche historique sur Jésus.
Cependant, le but de cet essai - une réponse chrétienne
à la crise écologique - est de localiser la réflexion
théologique et éthique sur le Prologue de Jean :
L'incarnation
du logos n'est pas limitée à Jésus de
Nazareth. Tout au contraire, le logos continue à venir dans
le monde (vv3,9-10) et est ainsi incarné en toutes les choses.
(logos spermatikos)
En effet, la vie et la lumière sont dans le logos (v4)
; sans le logos, il n'y aurait aucun éclaircissement,
aucune vie, aucune existence.
Il est malheureusement possible d'ignorer cette incarnation omniprésente
du divin (v.10).
En effet, cela peut très bien être l'omniprésence
de Dieu qui rend DIEU caché à la vue. Pour cette raison,
à des moments spécialement appropriés, le logos
" est fait chair " (v 14) dans des individus spécifiques
et de façon unique dans le but d'attirer l'attention sur la
présence et la nature de Dieu.
La conviction que Dieu est incarné à travers la nature
peut être chrétienne distinctement, mais pas uniquement.
De nouveaux méandres sont produits dans la forme d'animisme
'distinctement chrétienne' parce qu'elle évite et le
polythéisme et le panthéisme qui tendent à s'associer
à la plupart des expressions de l'animisme.
Selon la doctrine chrétienne du Process, Dieu à la fois
est transcendant et immanent à la nature et vice-versa.
Tout comme l'incarnation n'oblitère pas l'humanité de
Jésus, elle aussi, à travers la nature, n'oblitère
pas les entités individuelles comprises dans l'ordre naturel.
Cependant
- et ici se trouve le point crucial de cet essai - la présence
de Dieu à travers la nature, la resacralise. Toute existence
est rendue sainte.
Il n'y a pas de royaume séculier, pas de temps ni de places
ni de choses en dehors de la présence de Dieu.
Les
hommes peuvent être uniques en étant créés
"à l'image de Dieu" mais la doctrine "inspirée
par le Process" entraîne avec elle un corollaire inéluctable
qui relève de la crise environnementaliste que nous devons
affronter aujourd'hui.
La valeur d'une entité, quelque insignifiante qu'elle puisse
paraître, n'est pas éteinte dans sa valeur matérielle
: chaque entité est valorisée en soi et pour soi, elle
est sacrée. Comme je l'ai noté dans un précédent
article, nous devons être saisis par l'évidence que la
présence de Dieu envahit toute la création
que
le souci d'amour de Dieu s'étend même jusqu'à
ce qui est sauvage et lointain sur la terre, tout comme les forêts
tropicales fumantes, les déserts arides, les calottes polaires
frigides, les régions que nous considérons, à
tort, comme sans intérêt ou oubliées par Dieu.
Dieu
est aimant, présent et actif, même là où
il n'y a personne
!
Si cette vision nous saisit, voici, en deux
niveaux, ce qu'il faut faire :
1) d'abord laisser capturer notre raison: intellectuellement nous
devons abandonner notre égocentrisme arrogant et nous ouvrir
au fait que nous ne sommes qu' une toute petite partie d'un vaste
réseau intriqué dans la nature. De plus, nous devons
rétablir l'équilibre entre transcendance et immanence
de Dieu. Chaque parcelle de la terre est sol sacré, même
là où ne vit personne.
2) Mais il n'est pas suffisant de se rallier à cette nouvelle
vision des choses seulement par intelligence. Nous devons aussi développer
une participation mystique au réseau de la vie. Ainsi qu'une
prise de conscience personnelle de la présence de Dieu dans
tout ce qui nous concerne. Nous devons personnellement expérimenter
ce qu'Elizabeth Browning ressentit quand elle écrivit :
La
terre est toute gorgée de ciel
Et le moindre arbuste est dévoré du feu de Dieu,
Mais seul celui qui voit retire ses chaussures.
Les autres s'en soucient comme d'une guigne et bâillent aux
corneilles
La
pleine puissance de cette nouvelle vision ne sera seulement ressentie
que lorsque le rationnel sera combiné avec le mystique. Les
gens qui ont la foi ne pourront rendre meilleur service au monde que
par la contagion des autres de cette vision transformatrice.